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AGRICULTURE « Si ça continue, on sera les méprisés de la société »


Agriculteur agressé dans son champ, abattoir brûlé, vidéos de militants dans les élevages… La filière agricole semble de plus en plus s’éloigner des images d’Epinal où l’agriculteur était à la tête d’une entreprise nourrissant la population. Dénigrés, tantôt par les critiques sociétales et environnementales, tantôt par les maigres profits de leurs efforts, les agriculteurs manifestent chaque jour un peu plus leur ras-le-bol. Interview de leur représentant à l’échelle départementale, Michel Joux, Président de la Chambre d’agriculture de l’Ain.

AGRICULTURE

«Si ça continue, on sera les méprisés de la société»



À quoi sert une Chambre d’agriculture ?



La Chambre d’agriculture est un outil pour accompagner le développement agricole dans tous les domaines, de l’agronomie à l’installation, en passant par l’environnement. Le but est d’apporter le meilleur accompagnement aux agriculteurs pour qu’ils se développent en respectant la réglementation tout au long de leur carrière. Il y a aussi un aspect de représentation via les instances gouvernementales, préfectorales, départementales, régionales…



Nous intervenons sur l’adaptation des pratiques, sur la diffusion d’informations, ou plus spécifiquement lors de prestations payantes avec une lettre de mission. Par exemple, pour un agriculteur qui souhaite être conseillé sur un sujet précis, nous avons des prestations pour l’aider, notamment à prendre des décisions pour son exploitation agricole, lui apporter les meilleurs éléments, qu’il soit en conventionnel, en bio, en AOC…



Quels sont les projets menés par la Chambre d’agriculture de l’Ain ?



Avec un réseau départemental, régional et national, les projets ne sont pas forcément plus spécifiques dans l’Ain qu’ailleurs. Depuis le début du mandat, on réfléchit à s’orienter sur les trois grands enjeux : l’économique, le sociétal et l’environnemental. Ces derniers doivent être les pièces maitresses du développement agricole de demain.



L’agriculture se porte-t-elle bien selon vous ?



L’agriculture actuelle a 3 problématiques. Bien sûr, c’est un métier noble et lié à la passion, mais il y a une rentabilité qui n’est pas suffisante, dans l’Ain et partout en France. La seconde problématique, c’est la non-reconnaissance du travail effectué, y compris au plus haut niveau de l’État, où de plus en plus de gens nous dénigrent. Ce n’est pas d’aujourd’hui mais ça s’amplifie. Et enfin, le changement climatique qui intensifie les deux premières. Il n’y a peut-être pas assez de mesures concrètes au niveau national pour que l’on puisse s’adapter à ce changement climatique.



«On nous explique tous les jours que l’agriculteur est une personne source de tous les maux de notre planète, ce qui est loin d’être le cas»



Dernièrement, les agriculteurs sont sous le feu des critiques…



Nous avons un sentiment de forte incompréhension. Les agriculteurs ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Quand on se lève le matin, qu’on essaie de faire au mieux, que souvent on y arrive d’ailleurs, et que l’on nous explique que l’on n’est pas bons en permanence… ça joue sur le moral. Même si c’est une petite partie de la population qui nous explique cela, ce sont ceux qui parlent fort, qui ont de gros réseaux de communication. On a le sentiment que ces activistes vont nous expliquer ce qu’il faudrait faire demain y compris dans les façons de consommer. D’ailleurs, ils ne disent pas toujours tout puisque ce sont des gens qui se présentent comme des anti-viandes mais qui sont anti-élevages.



Un débat constructif pour faire évoluer les choses et aller dans le bon sens, nous sommes pour et d’ailleurs on a déjà commencé. Mais là, nous sommes dans une situation où l’on nous explique tous les jours que l’agriculteur est une personne source de tous les maux de notre planète, ce qui est loin d’être le cas. Ça devient insupportable. Tout cela est corrélé par des discours ambigus y compris au plus haut niveau. Les experts ont jugé l’agriculture française comme la meilleure du monde depuis 3 ans. Le fait d’être reconnu comme les meilleurs n’a pourtant pas d’impact sur une bonne partie des médias. Ils nous expliquent, avec quelques activistes, et à longueur de journée, que l’on n’est pas bons.



Tout cela donne une ambiance, une petite musique très négative pour le milieu agricole. Finalement, dès qu’un agriculteur va aller traiter un champ, y compris en bio d’ailleurs, les voisins vont le regarder avec des gros yeux, et de temps en temps vont même le sortir de son champ. Si ça continue, on sera les méprisés de la société. Aucun agriculteur ne le souhaite. Pour l’instant, nous sommes assez aimés, mais il ne faudrait pas qu’à cause de quelques activistes, pour des raisons idéologiques, les agriculteurs qui travaillent avec passion et font du bon boulot, soient dénigrés. Et ça, ça nous inquiète quand même en tant que responsables de chambre ou syndicaux. Il faut maintenant concrètement savoir ce que l’on fait pour que ceux qui disent n’importe quoi soient recadrés même pénalement. Je ne suis pas contre les lanceurs d’alerte, il faut qu’ils soient récompensés quand ils lèvent un lièvre, mais que ceux qui racontent des conneries soient poursuivis.



L’agriculture, véritable atout économique du département



• 8100 actifs agricoles permanents

• 5224 chefs d’exploitation et coexploitants

• 2930 salariés de la production agricole

• 4094 exploitations agricoles

• 681 millions d’euros de recettes de la production agricole

• 1400 exploitations agricoles sont engagées dans un signe ou une démarche de qualité hors bio (AOP – AOC – Label Rouge – IGP…)

• 9 établissements d’enseignement agricole

• 2 200 élèves en formation

• 320 jeunes en apprentissage

• 36 % du territoire sont des forêts

• 34 % du territoire sont des montagnes

• 60 ha de surface moyenne par exploitation

• 245 000 ha de surface agricole utile

• 10 300 ha de surface bio ou en cours de conversion

• 47 400 vaches laitières

• 137 600 vaches

• 25 000 brebis

• 7 000 chèvres

• 139 000 porcs

3 millions volailles

• 1 200 T poissons

• 100 000 ha de céréales 

• 1 290 ha de légumes

• 800 ha de vigne

• 432 ha de pommes de terre

L’Ain, c’est :



• Le 2nd producteur de céréales de la région AURA

• Le 3ème producteur de viande bovine de la région AURA

Le 1erproducteur de porcs de la région AURA

15 % des emplois du département sont générés par l’Agriculture soit 32 000 emplois



* Chiffres : Chambre d’agriculture de l’Ain


Le saviez-vous ?

560 exploitations ont une activité de diversification et 900 vendent en circuits courts. Avec 15 points de vente collectif, l’Ain est l’un des départements le mieux servi de France au prorata du nombre d’habitants. Au total, 200 producteurs font partie d’un point de vente collectif.


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