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Julien Martinez : « L’HONNEUR DES OYONNAXIENS »


« Sport de facho - de pédé - de blanc - de bourgeois - de riche »

Une énième fois, notre ville est attaquée, caricaturée, dénigrée. Par ces mots contre notre club de rugby, des journalistes parisiens venus en exploration en terre inconnue, se sont attribué la liberté de salir un territoire, dans une BD diffusée sur Arte et commandée par le site Mediapart.com



Se pose la question : en parler, est-ce donner un écho que ne mérite pas ce torchon ?



Ne pas réagir, est-ce un aveu de faiblesse ?



Nous, oyonnaxiens de tous horizons, amoureux de notre ville comme de notre club de rugby, aux valeurs de solidarité, de courage, d’abnégation et d’exigence, nous ne sommes pas des faibles.



Elu au conseil municipal d’Oyonnax, j’ai décidé de réagir.



Par sa diversité, mon visage est celui d’Oyonnax. Comme de nombreux oyonnaxiens, je suis l’enfant des immigrations : petit-fils d’italiens et d’espagnols fuyant le fachisme et la misère. Ils ont été les ouvriers agricoles d’après guerre, implantés d’abord dans le Sud Ouest. Puis fils d’artisans venus travailler dans une « Plastics vallée » dynamique et prospère.



Si rien ne fut facile pour nos aînés, qu’on appelait parfois « macaronis », ils n’ont jamais exprimé leurs blessures en brûlant des voitures et des poubelles. Ne revendiquant aucun autre droit que celui de vivre librement dans la discrétion, de travailler durement, respectueux d’une terre d’ici, n’oubliant jamais les racines d’ailleurs.

Mais français avant tout.



J’ai créé et présidé l’Amicale des Supporters de l’USO Rugby en 2006. Nous étions une bande de copains, d’âges et de parcours différents, de toutes classes sociales, mais avant tout fiers de porter les couleurs d’une ville. Symboliser le rugby comme le lieu d’une fracture identitaire, c’est insulter plus de 100 ans d’histoire d’un club qui n’a pas à se justifier de porter haut et fort tout un territoire. Considérer le supporter dans sa condition sociale et de communauté, c’est soumettre à un enjeu politique la passion des milliers de supporters qui, quel que soit leur parcours, se retrouvent avec la même écharpe en tribune du stade Mathon.



La fracture sociale, les inégalités, ce sont des constats que nous faisons. Mais les réduire à une question de communautés et de religions, c’est occulter leur aspect économique, de société, de culture et surtout d’éducation : nous nous devons d’assumer pleinement notre Histoire en la transmettant dans ce qu’elle est, sans baisser le regard. Que l’on s’appelle Damien, Bilel, Silvère, nul ne peut être qualifié de traitre alors qu’il porte les couleurs de la ville. Le maillot rouge et noir est arboré par des joueurs de toutes origines. C’est ce visage de la réussite qui doit être l’exemple, la marche à suivre. Les distinctions n’ont pas leur place dans une ville forte et unie.



Que deviendrait notre modèle d’intégration républicaine en niant l’unique source de valorisation sociale par l’autonomie financière qu’apporte le travail ?



Parce qu’en étant nés ici, nous sommes les héritiers d’un esprit, d’une manière d’être qui sait ce que signifie l’intelligence des mains. De l’artisan à l’industriel, l’entrepreneur oyonnaxien incarne quelque chose de fort : il est ce qui relie les habitants, dans le respect de leurs diversités, en refusant l’uniformité, mais en permettant à chacun l’élévation sociale par le travail, l’abnégation, le courage grâce à ces « gestes éternels du travail » que rappelait Lucien Guichon.



En tant que responsables politiques, plus que jamais nous devons faire preuve de vigilance et d’intransigeance lorsqu’il faut défendre notre bien commun. Surtout, nous ne devons pas alimenter les inepties en recevant des journalistes nationaux, collaborant à des ouvrages caricaturaux, qui dans notre société de communication se répandent à une vitesse haut débit.



La tolérance, oui, mais d’abord l’exigence face à ceux qui se détournent de notre pacte républicain. Dans une République forte, on ne tutoie pas la délinquance : on la traite avec autorité afin de préserver l’immense majorité qui demande de vivre librement, sereinement. La fermeté, l’ordre face à des discours et agissements contraires à nos principes, c’est essentiel pour protéger d’abord les plus faibles d’entre nous.



Si la responsabilité politique implique de réunir toutes les forces, elle n’est pas le perpétuel juste milieu ou une sauce insipide qui ne bouscule rien, se satisfaisant de si peu au regard de l’immense potentiel de notre ville. La puissance de notre identité, notre savoir-être, savoir -faire, posent les principes du construire ensemble, véritable atout face aux défis du XXIe siècle.



Pour que demain nos enfants aient la même fierté que nous d’être à jamais oyonnaxiens.


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