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Les soieries Bonnet : du huis clos industriel à l’élévation culturelle

  • Crédit : Claudius Corne
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  • Copyright : Collection départementale des Musées de l'Ain
  • Collection départementale des Musées de l'Ain
CULTURE - Comme un symbole, c’est le jour de la fête du travail que les soieries Bonnet de Jujurieux ont rouvert leurs portes au public. Chaque année, le site industriel se dévoile six mois durant au public. L’an passé, plus de 10 000 visiteurs ont parcouru les ateliers et le musée. Entre vestiges du passé et développement culturel, le joyau du patrimoine industriel de la région n’en finit plus de fasciner.

Novembre 2001, les portes de l’entreprise Bonnet se referment sur 166 années d’activités industrielles. Un patrimoine, une histoire, une culture mais surtout une âme y reposent. Tout a commencé en 1835, lorsqu’un industriel lyonnais décide de devenir, non plus fabricant mais fabricant-manufacturier. Afin de maîtriser l’ensemble de son acheminement productif, il implante dans sa ville natale une usine-pensionnat. Les soieries Bonnet de Jujurieux sont nées.



Le raisonnement de Claude-Joseph Bonnet est pragmatique plus qu’utopiste : recruter des jeunes filles, pour la plupart orphelines, âgées de 12 ou 13 ans, et n’ayant pas encore les mains abîmées par le travail des champs. S’il loge toute cette main d’œuvre féminine à l’année au sein du site, c’est d’abord pour éviter les vols. « Les filles ne restaient en moyenne que deux ou trois ans. Au début, le recrutement se fait sur le territoire », ajoute Nathalie Foron-Dauphin, responsable scientifique et culturelle du musée des soieries Bonnet.



Mais à la mort de l’illustre industriel, les successeurs prennent un virage décisif pour le site. Le recrutement s’intensifie, dépassant les frontières. « Certaines venaient d’Italie et de Pologne. À la fin du XIXe, on comptabilisera jusqu’à 700 jeunes filles dans le pensionnat, ce qui implique une organisation de ville dans la ville avec un fonctionnement en circuit fermé », confirme la responsable.



Un empire industriel international

Au début du XXe, 2000 personnes travaillent pour les soieries Bonnet. Il faut dire que celles-ci sont devenues un empire de l’industrie textile. « Alors que Claude-Joseph Bonnet s’était spécialisé dans les tissus unis noirs destinés à l’habillement, ses successeurs se tournent vers la couleur et le motif. Ils implantent un tissage mécanique à Jujurieux. Donc, en plus des jeunes filles du pensionnat chargées de la filature, il a fallu recruter à l’externe », explique Nathalie Foron-Dauphin. Dans ce huis clos industriel à la renommée internationale, deux peuples vont cohabiter. D’un côté les ouvriers externes, entrant et sortant au rythme des sirènes, de l’autre les pensionnaires.



Dior, Chanel, Lacroix, Lanvin, Vionnet, Poiret, Valentino, Armani… Leur travail servira des années durant les plus grands noms de la mode et du luxe. « Ici, leur production était pour les domaines d’exception du luxe, de la couture et de la haute couture », confirme la responsable.



Décembre 2001. Alors que la liquidation de l’entreprise vient d’avoir lieu, le Conseil départemental prend une délibération et achète le site des soieries Bonnet. « Tout ce qui était sur place au moment où les ouvriers ont fermé la porte, est resté. On a tout, les archives textiles, les archives du pensionnat, les carnets de la comptabilité, les machines, tout le patrimoine immatériel comme les graffitis du pensionnat, les témoignages… On visite un musée dont les collections sont conservées dans leur milieu d’origine préservé. Ce n’est pas une reconstitution, la visite de l’usine se fait telle qu’elle se présentait en 2001, à la fermeture. On visite une usine avec son âme », s’enorgueillit à juste titre Nathalie Foron-Dauphin.



Aujourd’hui co-géré par le Conseil départemental de l’Ain et la Communauté de communes de Rives de l’Ain-Pays de Cerdon, le site vient même d’être reconnu « site industriel remarquable. » Il faut dire qu’avec ses 300 000 objets et documents répertoriés, le site possède le plus gros fonds du patrimoine de l’industrie textile à l’échelle mondiale.



De l’âme des machines



Du haut de la cour extérieure, le buste de Claude-Joseph Bonnet trône. « Cette année, nous célébrerons les 150 ans de sa mort et les 130 ans de l’élévation de ce buste », dévoile la responsable. 150 ans après, ce dernier pose toujours son regard sur sa ville, son entreprise, son mode d’industrie. Et la maison du directeur domine toujours les ateliers, l’infirmerie, l’économat et la chapelle.



L’âme des lieux est intacte. L’odeur des ateliers présente. Les anciennes présences presque palpables grâce au silence des ateliers. Perturbant ? « Non, magique ! », tranche Nathalie Foron-Dauphin qui travaille pour et dans les soieries depuis 15 ans, s’attelant aussi bien à la programmation culturelle qu’à l’inventaire scientifique.



Et pour retracer de façon encore plus réaliste l’histoire des lieux, des machines sont remises en route petit à petit. Un travail de connaisseur, impossible à réaliser sans l’expertise de Jean-François Dupont, gareur-médiateur. Ancien employé des soieries Bonnet, il connait les secrets industriels de toutes ces machines, capables de produire un tissu, une étoffe, de son dessin à sa confection finale. « La piqueuse est déjà remise en route. Cette année, nous aimerions remettre un métier à tisser. Remettre en vie ces machines, c’est montrer le savoir-faire des soieries », explique-t-il. Des travaux minutieux mais qui permettent à chacun de se rendre compte du processus de création tout au long de la visite déambulatoire. « Un parcours de visite qui, cette année, se fait dans son intégralité, ajoutant un nouvel intérêt pour ceux qui sont déjà venus », complète la responsable.



Du passé naît le futur



Dans la salle d’exposition, un répertoire affiche les noms de plus de 13 000 jeunes filles passées au pensionnat. « Il arrive souvent que des familles viennent vérifier si leurs aïeux y figurent. » Le site a marqué les esprits locaux et régionaux. Ce jour-là d’ailleurs un homme est venu spécialement de Lyon. « Mon père travaillait pour les soieries Bonnet. J’ai retrouvé des archives de ses cours de tissage ainsi que des tissus. Je voulais les montrer aux responsables du site », explique-t-il.



Et si le travail d’inventaire continue, les soieries Bonnet se tournent pourtant à grand pas vers l’avenir. Celui qu’elles méritent, celui de devenir un site-phare de la région. « Un projet de développement du musée est en cours. Il y a un potentiel culturel et touristique indéniable. Dans le milieu des initiés, le site est connu et reconnu mais un travail reste à faire auprès du grand public », confirme Nathalie Foron-Dauphin.



Outre le nouvel espace d’accueil, le programme des événements est remarquable. Exposition au parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes jusqu’à la fin de l’été, nuit baroque le 20 mai où les foulards de la soierie seront de sortie, fête du ver à soie le 4 juin, visites en calèche, ateliers textiles, démonstrations, journées européennes du patrimoine, grand bal textile en octobre… Un programme qui pourrait bien avoir de l’impact sur la notoriété des lieux. Mais pas sur le menton haut du buste de Claude-Joseph Bonnet.



Musée ouvert jusqu’au 31 octobre de 10 à 13 heures et de 14 à 18 heures.

Ouvert les jours fériés. Fermé le lundi.



Pour plus de renseignements : 04 74 36 97 60 - museedessoieriesbonnet@ccrapc.fr - patrimoines.ain.fr


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