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Serge Berra Avec "Un duel entre ciel et terre", Serge Berra met en lumière les divisions historiques du monde agricole


Le salon de l’agriculture se tiendra du 23 février au 3 mars à Paris Expo, porte de Versailles. Derrière la vitrine médiatique se trouve un univers profondément et historiquement divisé. Si aujourd’hui la fracture principale sépare les différentes productions agricoles, pendant plus d’un siècle elle fut basée sur les convictions religieuses, philosophiques et politiques. En Rhône-Alpes, et notamment dans l’Ain, la rivalité fut féroce et durable. La plongée dans l’histoire est passionnante.

Il tenait à cœur à Jean Merle, l’ancien dirigeant de la FDSEA de l’Ain, de faire découvrir au grand public 110 ans de luttes internes, régionales et départementales. Il a jugé que Serge Berra était le mieux placé pour raconter le monde agricole de l’intérieur, et lui a confié cette mission qui a nécessité plusieurs années de travail. Originaire du sud-ouest, Serge Berra avait suivi des études qui lui ont permis d’intégrer la direction des services vétérinaires à Mâcon. Après l’armée, peu motivé par un travail routinier de contrôle, il intègre le Centre Départemental des Jeunes Agriculteurs de l’Ain comme animateur. Rapidement, Jean Dumont, alors directeur de la FDSEA, lui confie la rédaction en chef de l’Ain Agricole, un des deux journaux à destination des agriculteurs du département. Il occupera le poste durant 10 ans, avant de prendre la même fonction à Lyon, à l’APASEC, l’agence régionale des publications agricoles, dont il deviendra le directeur. Depuis 2015, il apprécie les joies sereines de la retraite, sauf à se laisser prendre par l’écriture.



Conservateurs contre radicaux



Le livre débute avec un chapitre consacré à l’étude de l’organisation des vieux métiers sous l’ancien régime. La Révolution Française, soucieuse de mettre fin à tous les privilèges et d’établir la liberté d’entreprise, supprime les corporations professionnelles et notamment le compagnonnage. Outre la perte des savoir-faire artisanaux ancestraux, cette mesure contribuera malheureusement à maintenir la majorité des paysans français dans un état de grande pauvreté. Peinant à nourrir leur famille, ils n’ont pas l’esprit d’ouverture suffisant pour intégrer les évolutions techniques dont se sont emparées certaines agricultures européennes, notamment anglaise. 

Il faudra attendre presque 100 ans, et la loi de 1884 qui autorise la création des syndicats, pour que le monde agricole se dote de structures fédératrices et représentatives. Très vite, deux blocs se font face. D’un côté, un courant conservateur et catholique qui a su agir rapidement sur le terrain, et nouer un réseau important de syndicats agricoles. Dans l’Ain, le premier est né à Béligneux en 1886 à l’initiative d’un soyeux lyonnais. La religion est alors très prégnante. En réaction, des radicaux, catholiques modérés voire même anticléricaux pour certains, et francs-maçons pour la plupart, créent leurs propres regroupements. Quel que soit le courant idéologique, ces structures syndicales sont alors gérées par des notables locaux et des propriétaires fonciers. Grâce à la force de l’électorat agricole, certains connaîtront une grande carrière politique. Toutes les organisations, qu’elles soient syndicales, bancaires, mutualistes… se développent alors en double, et se livrent souvent à une concurrence incessante, au niveau départemental, ou sur la même place du village.



À Foissiat, c’est « beurre rouge et fromage blanc »



Cette dualité trouve sa parfaite illustration à Foissiat. Des éleveurs, en s’associant à ceux des communes voisines, fondent une beurrerie en 1937. Ils peinent à trouver le terrain nécessaire et à construire le bâtiment. En réaction, des membres de l’association paroissiale créent l’année suivante une fromagerie qu’ils installent de l’autre côté du village, dans un bâtiment déjà existant. Ainsi la fromagerie ouvre avant la beurrerie. Au même titre que pour l’école publique et l’école privée qui cohabitent dans le village, les habitants sont obligés de faire un choix. Ce n’est qu’en 1976 que les deux coopératives rivales fusionnent mettant fin à une longue querelle de chapelle. C’est peu de temps avant que des rapprochements ne s’opèrent à tous les niveaux et que tous les organismes concurrents ne finissent par se marier pour créer, enfin, une unité d’action vertueuse. Serge Berra a réussi à mêler habilement un pan d’histoire peu connu avec des petites histoires locales savoureuses et éclairantes.



L’ouvrage, captivant à parcourir, se trouve dans les librairies de Bourg-en-Bresse, Bellegarde, Nantua, Montrevel-en Bresse, et dans tous les Gamm Vert du département.


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