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Surprise littéraire : l’admirable premier roman de Cali


Vernet-les-Bains. Au pied du massif du Canigou. On enterre ce jour-là une institutrice de 34 ans. L’un de ses fils a six ans. Il s’appelle Bruno Caliciuri. Cali, l’auteur compositeur-interprète compte aujourd’hui sept albums à son actif. Si son écriture musicale n’est plus à prouver, il en fallait du courage pour se risquer à l’écriture d’un premier roman. Le tout en regardant bien en face les démons du passé, la mort d’une mère alors que l’on est qu’un enfant. Sortie le 18 janvier dernier, « Seuls les enfants savent aimer » ne peut laisser aucun lecteur en proie à divers sentiments bien distincts. Bien humains.

La décision du jury du prix Nobel de littérature de 2016 avait fait grands bruits : un chanteur. Mais en élisant Bob Dylan, « pour avoir créé […] de nouveaux modes d’expression poétique », le comité prouvait une idée fondamentale : la poésie est aussi dans les chansons. Évident, puisque les mots chantés, écrits ou parlés, sont l’essence même de la littérature. Bruno Caliciuri, dit Cali, n’attend pas après une reconnaissance nobelisée, son talent à faire ressentir les choses, les plus dérangeantes, les plus pures, les plus humaines et les plus défendues, et ce, par la perfection du choix de ses mots selon les circonstances, il l’a mis à disposition d’un premier roman autobiographique. « Seuls les enfants savent aimer » est sorti en janvier dernier aux Éditions Cherche Midi.



Catharsis. Le mot est lâché. Selon Aristote, elle correspondait à la purgation des passions. Une sorte de libération affective que Cali a réussi à coucher sur le papier cette fois. Car auparavant, il l’avait déjà testé dans ses chansons où était présent un besoin d’amour vital et presque animal à en croire ses performances scéniques et son irrésistible pulsion à se jeter dans son public corps et âme lors de ses concerts. La lecture de son roman répond à moults questions.



Cette urgence de l’amour partagé, ce spleen retrouvé, cruel et somptueux, prend sa source lors de cette heure. « L’heure que je n’ai pas vécue. Ton enterrement. Ils m’ont dit de rester à la maison, et je me retrouve là, dans ta chambre, près du lit », commence le récit. Cali a six ans et de la fenêtre, la faute à un volet mal fermé, il assiste de loin aux funérailles de sa mère, décédée d’un cancer à l’âge de 34 ans.


« On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère, comme un chien abandonné »



Cali sera un écorché vif. Sa conception du monde en est bouleversée. Il grandit sans sa mère, dans une certaine douleur, avec un silence lourd, un sujet tabou, et des larmes bien réelles. Mais à travers les yeux d’un enfant, le lecteur entrevoit la douleur du père, des frères et sœurs, des oncles et tantes. Chacun vivant la mort variablement. « Papa n’y est pour rien. Il ne décide pas de grand-chose. Papa il est triste. Papa il est dévasté. Papa il est perdu. Papa il a perdu. Il nous l’a dit l’autre jour. Maintenant que tu n’es plus là, il ne va pas mourir tout de suite mais il va mourir jusqu’au bout. On l’a regardé tous les quatre les bras en bas ».



Mais si la trame narrative garde son lecteur attentif et permet cette identification inconsciente chère aux amoureux des beaux mots, c’est parce que le narrateur, qui s’adresse à sa mère disparue, a six ans. Les phrases sont courtes et authentiques. Les anecdotes sont aussi à sa hauteur de petit bonhomme, sans envolée lyrique ou élégiaque, mais emplies des espérances et d’aventures enfantines. Une amoureuse imperméable, un ami avec qui faire les 400 coups et se confier, un oncle digne d’un roman de Pagnol lorsqu’il tend des pièges à insectes, la vie d’un village catalan… Mais malgré tout, la cruauté de la vie revient inlassablement, surtout dans la cour d’école quand on est orphelin d’un jupon sous lequel se cacher.



L’épigraphe avait prévenu en citant Romain Gary, décidément très en vogue en ce moment : « On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère, comme un chien abandonné. » Ceux qui connaissent le chanteur Cali seront à leur apogée de satisfaction, ceux qui ne le connaissent pas seront confronter à sa vision singulière de la vie et ceux qui le trouvent exaspérant passeront sans nul doute à côté d’une pépite émotionnelle.



Seuls les enfants savent aimer, c’est désormais une évidence. Reste à savoir jusqu’à quel âge nous sommes encore des enfants…


Synopsis

Seuls les enfants savent aimer.

Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.

Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.

Seuls les enfants meurent d’amour.

Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.

À chaque seconde le cœur d’un enfant explose.

Tu me manques à crever, maman.

Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

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