L'Ainpact L'Ainpact sur mobile L'Ainpact sur Facebook Flux RSS


A LA RENCONTRE D’UN SAVOIR FAIRE LOCAL - Michel Philippe-Desneufbourgs, artisan forgeron coutelier


Le couteau est certainement l’arme la plus ancienne que l’homme ait fabriquée pour tuer, un ennemi pour se protéger ou un animal pour se nourrir. Depuis des siècles, les hommes ont toujours gardé au fond d’une poche cet outil multi-usage, bien que cette tradition tende à disparaître. Selon les pays, les couteaux diffèrent. Mais derrière l’objet, il y a des hommes qui les fabriquent et qui perpétuent un art ancestral. Michel Philippe-Desneufbourgs est de cette lignée.

Michel Philippe-Desneufbourgs avoue bien volontiers que sa passion des couteaux est née grâce au catalogue Manufrance dans les années 70. « Y avait tout dedans, des fusils, des gamelles de camping, et plein de couteaux. J’aimais bien les fusils, mais on n’avait pas le droit d’en acheter. Les couteaux, oui. Mais quand on a 7 ou 8 ans, on n’a pas un sou ». Alors, armé d’un opinel très tranchant qui a laissé des traces, Michel s’est fabriqué son premier couteau, en bois. Quelques années plus tard, il se lance dans la fabrication de son premier couteau en métal. Pour avoir un avis objectif sur sa réalisation et savoir s’il peut persévérer, il le montre à un forgeron coutelier. Celui-ci le rassure et lui conseille de faire des couteaux plus petits. Cela deviendra sa future marque de fabrique, plus tard. Car, entre-temps, Michel a dû choisir, à 18 ans entre l’aventure artisanale d’un coutelier, ou « assurer la gamelle », comme il le dit lui-même. Il choisit la 2ème option. Son milieu professionnel, c’est alors la banque et les marchés financiers. Plus de 2 décennies à subir des rapports humains peu en phase avec ses valeurs, et il craque. Un peu perdu, il se remémore que sa véritable passion, c’est la fabrication de couteaux. Après plusieurs mois de formation conclue par l’obtention du diplôme de forgeron coutelier, il monte son entreprise. On est en 2017, et il réalise enfin son rêve de gosse. Comme dans tous les milieux un peu fermés, il faut quelques temps pour se faire connaître et reconnaître. Michel parcourt alors la France pour participer à des salons de couteliers, fréquentés par des passionnés qui viennent parfois de très loin. Petit à petit, il fait sa place. Epoque bénie qui s’achève brutalement avec le 1ier confinement. « Ça m’a permis de me recentrer sur la clientèle locale ». Désormais, l’artisan forgeron coutelier fabrique différents types de couteaux proposés à la vente chez lui : des couteaux fixes dessinés «au marteau», des couteaux pliants fabriqués entièrement manuellement, et les couteaux japonais pliants « Higonokami ». Bien sûr, il réalise avec plaisir les projets qu’on veut bien lui confier, et notamment les couteaux de cuisine, pour le simple quidam ou pour le chef cuisinier.


J’ai fabriqué mon couteau en une journée

Il n’est pas nécessaire d’être un passionné de couteaux pour rencontrer Michel. Il suffit d’être un peu bricoleur et un peu curieux. Curieux au point de s’inscrire à un stage pour apprendre à fabriquer son propre couteau pliant. Car Michel a aussi la vocation de transmettre. Une journée pleine, intense, pendant laquelle notre formateur ne s’occupe que de vous. Bien que novice, je me prends au jeu et écoute les conseils de Michel qui m’apprend à découper et à poncer les cotes, le manche du couteau, dans des plaques de laiton. Le réglage du ressort, la pièce métallique qui aide à ouvrir et fermer le couteau, et l’ajustage du mécanisme sont des travaux de minutie comparable à celui de l’horlogerie. Je suis en plein apprentissage. Le traitement thermique de la lame, grâce aux flammes qui jaillissent, est prétexte à une séance photo. Bon d’accord, je regarde ensuite Michel réaliser l’émouture de la lame, tâche qui nécessite une précision qu’un débutant ne peut posséder. Ainsi, mon couteau sera une œuvre collective et j’en suis d’autant plus fier. Les derniers réglages demandent des temps de ponçage très longs, qui sont l’occasion de discussions autour du couteau, forcément. J’apprends ainsi que Michel adore les couteaux Damas, dont la lame est un « feuilleté » de métal. Récemment, il a fabriqué une lame avec 720 couches qui a nécessité 2 jours complets de travail à la forge. Une œuvre d’art ! C’est après 19 h que je quitte Michel, mon couteau en poche, fourbu mais heureux, en l’assurant que, désormais, je ne regarderai plus les couteaux avec le même œil.


Michel Philippe-Desnoeufbourgs - MPHD Forgeron Coutelier - La Boidoule -
01990 Relevant - Tél : 06 95 50 98 70 -
Mail : mphd.forgeroncoutelier@gmail.com -
Site : https://mphd.fr/


Twitshot
Commentaires

Pas de commentaire


Petites annonces