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À la découverte des archives départementales


Ils sont une trentaine à travailler pour les Archives départementales. Un lieu souvent imaginé rempli de vieux documents indéchiffrables et de poussière. Et pourtant un lieu où l’Histoire de l’Ain est préservée. Qu’en est-il réellement ? Éléments de réponses avec Alexandre Brignon, médiateur culturel et archiviste qui animera la prochaine visite à destination des familles, ce 27 octobre.

Qu’est-ce qu’un archiviste ?

Un archiviste collecte les archives dites publiques, produites par l’administration, municipale, départementale ou nationale. Nous, nous conservons ce qui est produit par l’administration départementale. Nous avons également des archives dites privées, qui proviennent de syndicats, d’entreprises, d’associations, de familles... On les collecte et on les classe selon la période historique et la thématique. Puis on les met à disposition du public, en salle de lecture et on les valorise pour les plus intéressants.

De quelle nature sont ces documents ?

La majorité sont textuels. Mais nous en avons aussi 250 000 iconographiques : des gravures, des estampes, des gravures, des photos, des plaques de verre, des négatifs... Nous conservons 32 kilomètres linéaires de documents, ce qui signifie que si nous sortons toutes les boites des archives départementales, on pourrait relier Bourg-en-Bresse à Ambérieu- en-Bugey. Nous avons environ 1000 ans d’Histoire : le plus ancien document date de 1050, c’est la bulle du pape Léon IX, provenant de l’abbaye d’Ambronay, conservée ici car avec la Révolution française, les biens du clergé ont été nationalisés.

Pouvez-vous nous citer quelques exemples de documents cocasses que l’on peut trouver aux Archives départementales de l’Ain ?

On a un document datant de 1158 qui s’appelle le chirographe, réalisé entre les abbayes de Nantua et de Saint-Claude pour un accord sur les limites de leurs possessions. Nous avons également des documents qui mentionnent des bébés mangés en hiver au 16siècle, des images de gares, des plans... J’ai trouvé il y a peu un message codé pendant la guerre de 1870, il y a le texte et, par endroits, des chiffres qui cachent l’information principale.

"Nous avons une masse documentaire monstrueuse"

Qui se rend aux Archives ?

Notre public majoritaire, ce sont les personnes plutôt âgées. La raison est simple : nous sommes ouverts quand les gens travaillent. Et puis les gens connaissent mal notre métier, automatiquement, quand on pense aux Archives, on pense à la généalogie, aux cadastres ou encore aux vieilles cartes postales. Alors que l’on peut faire des recherches sur tout et n’importe quoi parce que nous conservons ce qui est produit par le Département mais aussi pour la mémoire locale.

On peut faire des thématiques multiples, sur les herbiers, les résistants, le clergé, l’école au 19siècle... Parfois, les gens pensent que cela est réservé à une certaine élite, ou à des étudiants. Ils ont du mal à s’imaginer que tout est adaptable et que le niveau est à définir par la personne elle-même. Bien sûr, nous avons des chercheurs et des étudiants mais pas tellement étant donné qu’il n’y a pas de campus universitaires à proximité. De façon plus anecdotique, nous avons aussi des scolaires qui viennent, mais plutôt en lien avec le programme scolaire.

On a vraiment une politique de vulgarisation, on veut aller au contact du public. Nous créons des dossiers éducatifs, notamment, en ce moment, sur le Moyen-Age et le 19siècle. Plus de 6 millions de vues sont numérisées sur notre site. Et cela représente 1 ou 2 % de ce que l’on conserve. Nous avons une masse documentaire monstrueuse, alors on essaie de s’ouvrir vers les différents publics, d’accompagner le plus de projets possibles peu importe le niveau souhaité. On peut monter des projets très courts. Les Archives sont un lieu de ressources et il ne faut pas hésiter à nous solliciter.

Pourquoi on décide d’être archiviste ?

Pour mon cas, après une licence d’Histoire, le chemin tout tracé que l’on propose en fac, c’est d’être professeur ou de faire de la recherche. On ne nous parle pas des autres métiers notamment les patrimoniaux. Et il n’y a pas que les musées. J’ai choisi les archives car j’estimais pouvoir faire partie d’une démarche scientifique en aidant autant des personnes qui font de la recherche pointue que d’autres en leur vulgarisant l’information, montrer que l’Histoire, c’est pour tout le monde et que la difficulté dépend de là où l’on place le curseur.

Que vont trouver les curieux ce 27 octobre ?

Nous allons faire une visite d’une heure en expliquant notre métier au sein des rayonnages. Puis, nous verrons les différents papiers utilisés, on va essayer de voir des signatures, nous en avons de Napoléon, de Voltaire, d’autres datant de plus de 1000 ans. Et enfin, nous allons retranscrire la « course des poulets » pour faire un peu de paléographie, montrer que ce n’est pas si compliqué, c’est un jeu d’œil. On a ouvert cet atelier aux familles car d’habitude on le propose aux scolaires, notamment aux 6èmes. Tout est adaptable et facile d’accès. On peut complexifier l’exercice ou inversement, on s’adapte et rapidement.


Le saviez-vous ?

Le chirographe est un mode de validation des actes apparu en Angleterre au 10siècle et a été utilisé jusqu’à la fin du Moyen- Âge, afin de se prémunir contre la fabrication et l'utilisation de faux documents. En effet, certaines personnes, y compris les dignitaires religieux, ne reculaient pas devant la fabrication de fausses bulles papales, donations, conventions... pour prouver leurs droits sur une paroisse, une seigneurie ou une dîme. Le texte est écrit deux fois sur un même morceau de parchemin. Entre les deux zones de texte, le scribe inscrit une "devise", qui peut être le mot chirographum, ou bien d’autres mots, quelquefois une invocation religieuse. Sur celui se trouvant aux Archives départementales, ce sont les lettres de l’alphabet, de A à Y, qui séparent les deux textes. Ensuite, on découpe la feuille de parchemin au milieu de la devise et chacune des abbayes reçoit son exemplaire de l'accord. En cas de contestation, dans l’avenir, il suffit de rapprocher les deux feuilles de parchemin : si elles coïncident parfaitement, on est en présence d’actes authentiques.

 




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