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Rencontre avec Jean-Pascal Besson

  • Le désert, un formidable et dangereux terrain de jeux
  • Le désert, un formidable et dangereux terrain de jeux
  • Jean-Pascal Besson (à droite) en compagnie de Patrice Roissac, son copilote
Jean-Pascal Besson est un passionné de sport automobile et ce, depuis son plus jeune âge. Après une 10e édition du fameux rallye Paris-Dakar marquée par un terrible accident, le pilote accepte de revenir avec nous sur son parcours.

Quand avez-vous commencé à pratiquer les sports automobiles ?

J’ai commencé dans les années 90, en 1993 très exactement, par un championnat de France de karting. C’était la formule la moins onéreuse pour accéder aux sports automobiles. J’ai participé à plusieurs championnats en endurance. J’ai fini deux fois vice-champions de France en équipe. Le Poulidor du karting ! J’ai ensuite couru mon premier rallye le 6 octobre 1993, sur une Citroën AX, prêtée par un ami. J’ai couru plusieurs rallyes avant de me lancer dans le rallye raid, ma véritable passion. 


Pourquoi cette discipline vous a-t-elle plus attiré que les autres ?

J’ai toujours été fasciné par les grands espaces, les déserts… C’est un mélange d’aventure et de partage de vie humaine. Ce sont de véritables tranches de vie que nous partageons sur les bivouacs, avec les autres coureurs, nos copilotes et toute l’équipe technique qui entoure les rallyes.


Parlez-nous de votre copilote justement.

Il s’agit de Patrice Roissac, avec que je cours depuis 2010. Il a suivi une formation pour devenir copilote sur un rallye raid. Dans ce genre d’épreuve, les deux membres du tandem sont aussi importants l’un que l’autre ! Nous nous entendons vraiment bien et sommes très complémentaires. Je suis le feu, il est le calme. Deux personnes comme moi auraient formé un duo explosif ! Il m’apporte l’apaisement dont j’ai besoin pour me tempérer. 


Pourquoi le Paris-Dakar ?

C’est un rêve de gosse ! Quand je n’avais que 10 ans, je regardais la course à la télé et je disais à mon père qu’un jour, je le ferais. Il m’a conseillé de me focaliser sur mes études d’abord ! J’ai finalement participé à mon premier Dakar en 2007, dans la catégorie amateur. Les différentes courses m’ont ouvert les portes du professionnalisme mais j’ai refusé d’y entrer, faute de temps. J’ai dû faire un choix entre ma vie personnelle et ce sport. J’ai refusé de sacrifier ma famille, je suis donc resté un amateur averti ! Ma femme et mes trois enfants me suivaient sur les courses. Deux d’entre eux, Lucas et Clémence se passionnent d’ailleurs pour les sports automobiles. Enzo est plus proche de la nature.


Ecologie et sport automobile sont donc incompatibles ?

Il y a eu énormément de progrès de faits sur l’empreinte carbone laissée par les courses, ainsi que sur les bruits du moteur. Au grand désarroi parfois des vrais mordus qui adorent le vrombissement des voitures ! Mais c’était indispensable, il fallait vraiment revoir certaines bases, comme l’élaboration de bivouacs verts, la récupération et le recyclage des déchets et des huiles…Il faut bien savoir que sur un Paris-Dakar, ce ne sont pas moins de 3500 personnes qui se déplacent ! L’équivalent d’une petite ville !


Est-ce un univers exclusivement masculin ?

Plus maintenant, les femmes ont toute leur place sur les courses, à tous les postes. En tant que pilotes bien sûr – elles représentent 20% des équipages – ainsi qu’en tant que médecins, journalistes, kiné… Aujourd’hui, le Paris-Dakar se déroule en Arabie-Saoudite et nous pensons que nous avons une influence positive sur la place de la femme en règle générale. Ce fut un choc des cultures au départ mais progressivement, une véritable ouverture d’esprit se crée.


Parlez-nous de cette 10e édition.

Terrible ! Elle avait déjà mal commencé avec des vérifications techniques qui ont révélé une anomalie sur un tube de l’arceau de sécurité. Le véhicule n’était donc plus conforme et il a fallu que j’en trouve un autre en trois jours ! J’ai récupéré celui d’un Saoudien qui avait dû abandonner la course. C’était un véhicule neuf, que je n’avais jamais vu. Les premiers tours de roues ont été concluants et nous sommes partis, avec pour objectif l’accession au podium. Nous avons pris le départ le 1er janvier et nous étions bien dans nos objectifs. Mais le 5 janvier, alors que nous roulions à fond, nous n’avons pas vu des saignées qui n’étaient pas indiquées dans le road book. La voiture a été déséquilibrée et nous avons fait 6 tonneaux par l’avant. J’ai été inconscient quelques instants mais ce fut plus long pour mon copilote. Je me suis imaginé le pire.


Comment s’est déroulée la suite ?

L’hélicoptère est arrivé très vite sur place, je ne pensais pas à mon épaule pourtant dans un sale état. J’attendais le diagnostic pour Patrice, avec impatience. Il s’est avéré qu’il avait deux vertèbres fracturées. J’ai immédiatement craint la paralysie mais fort heureusement, il n’en est rien ! Patrice est aujourd’hui debout, et il vient tout juste de retirer son corset. Il aimerait reprendre la course à l’automne prochain mais j’ai quand même un doute ! Quoi qu’il en soit, il y a 15 ans en arrière, je ne suis pas sûr que nous nous en serions sortis vivants. Ils ont fait de grands progrès en termes de sécurité.


Et vous ? Prêt à repartir ?

C’est comme pour le vélo : en cas de chute, il faut remonter en selle. Donc oui, je vais vite reprendre la course, je ne compte pas m’arrêter maintenant, même si, il ne faut pas se leurrer, à mon âge, la retraite est proche. Mais j’ai encore quelques grandes émotions à vivre sur les pistes, je n’ai aucune envie de raccrocher !


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